Portraits de centenaires

J’ai un ami photographe qui connaît mieux les gens dont il a fait le portrait que la plupart des journalistes qui les ont interrogés. Son secret: regarder et ne pas poser de questions. Alors les gens parlent. Et, même s’ils se taisent, leur visage parle pour eux. [Francis Dannemark, écrivain]

Célébrer un anniversaire, c'est souvent se rappeler la route parcourue pour mieux tracer le chemin à suivre. Plutôt que de revenir sur son passé, l'ANEMPA a préféré aller à la rencontre des bénéficiaires de son action longue d'un demi-siècle et raconter leurs histoires.

Réalisée à l'occasion des 50 ans de l'association, la série "Portraits de centenaires | Hier, aujourd’hui, il y a un demi-siècle" constitue une démarche mémorielle unique pour souligner la richesse de nos aîné·e·s et mettre en lumière leurs "faits d’armes", petits ou grands, hier et aujourd’hui.

Chaque mois, un nouveau portrait en mots et en images à découvrir ci-dessous !


Textes: SG ANEMPA | Photos: Patrick Petermann

Les carte piquée d'épingles

"On m’appelait la Voix du Printemps !" Née le 18  mars 1922, Madeleine Vaucher rit lorsqu’elle évoque ce qualificatif que lui a valu son activité de téléphoniste au sein du grand magasin chaux-de-fonnier, "Au Printemps". Une profession emblématique de la modernité d’avant-guerre exercée par celles qu’on appelait "les demoiselles du téléphone". Printanière, la centenaire l’est toujours dans sa longue robe à fleurs et dans ses propos qui relatent une vie de femme traversant les décennies du 20ème siècle. Un fait marquant pour elle dans les années 1970 qui ont vu la naissance de l’ANEMPA ? Madeleine n’a pas un souvenir précis, si ce n’est que la vie était rythmée par les envies de voyages qui motivaient les économies familiales : "Chaque mois, on mettait de côté CHF 50.00 pour les impôts et CHF 50.00 pour notre prochain voyage. La poussette a été longtemps notre seul quatre-roues. Nous avions une carte du monde avec des épingles piquées sur les destinations… Vous connaissez Angkor ? C’est merveilleux d’avoir pu y aller à mon âge !"

Découvrir le portrait complet de Madame Madeleine Vaucher.

 

Les suppositions

"Je m’occupais de tous mes poupons, il fallait être à son affaire." Née le 15 novembre 1920, Denise Evard s’anime lorsqu’elle évoque la nurserie où elle a fait ses premières armes en tant qu’infirmière fraîchement diplômée de l’Ecole La Source. Une formation et une profession qui la définissent largement. Mais celle que tout le monde appelle "Mademoiselle" ne détaille pas sa carrière de soignante et d’infirmière-cheffe: elle laisse les autres la raconter, tandis qu’elle déguste son chocolat chaud. Les anecdotes à propos de la centenaire, ancienne professionnelle vivant désormais dans un lieu de soins, ont une saveur particulière pour ceux qui l’entourent aujourd’hui. Un fait marquant pour elle dans les années 1970 qui ont vu la naissance de l’ANEMPA ? Denise nous laissera échafauder maintes suppositions. Certainement qu’elle se consacrait beaucoup à son métier. Terminant son chocolat, elle confirme: "On n’avait pas beaucoup de congés !" Lorsqu’elle s’en va, un sentiment d’inachevé flotte derrière elle, et cette certitude que les récits de nos aînés doivent être cueillis lorsqu’ils jaillissent.

Découvrir le portrait complet de Madame Denise Evard.

 

Les cartes perforées

"Je relirai ce que vous écrivez sur moi, je corrigerai si nécessaire." Marcel Bouverat montre un souci de l’exactitude acquis au cours de sa vie de comptable et de financier, déployée en particulier dans l’horlogerie. De la crise horlogère, il en évoque les restructurations et le chômage. Mais le centenaire né le 2 septembre 1921 raconte aussi volontiers des temps plus anciens: celui où voyager signifiait aller jusqu’à Bâle et où le salaire moyen dans l’industrie s’élevait à CHF 190; celui où posséder une voiture représentait un luxe, dont il aimait faire profiter ses amis. Marcel s’est cependant toujours inscrit dans le présent, animé par son intérêt pour la photographie ou pour la nouveauté. Un fait marquant pour lui dans les années 1970 qui ont vu la naissance de l’ANEMPA ? L’arrivée de l’informatique dans les entreprises ! Il en a vécu la genèse et le développement. "J’ai introduit les premières cartes perforées IBM pour le paiement des salaires, un sacré changement."

 

Découvrir le portrait complet de Monsieur Marcel Bouverat.

 

La belle voiture rouge

"J’ai toujours voulu être institutrice". Née le 11 août 1921, Susanne Gerber (-Tschanz) prononce cette évidence, le regard pétillant. De son riche parcours nourri par des convictions pacifistes qui l’on amenée à s’engager dans le Service civil international au sortir de la seconde guerre mondiale et par une activité d’enseignante marquée par l’évolution de la pédagogie, la centenaire ne dit pas grand-chose. Elle préfère revenir sur ses souvenirs d’enfance à Saint-Imier, berceau horloger. Un temps où les classes n’étaient pas mixtes, où les gauchers - comme elle - étaient forcés d’écrire de la main droite et qui voyait les filles uniquement en robe ou en jupe, même pour skier. Un fait marquant pour elle dans les années 1970 qui ont vu la naissance de l’ANEMPA ? L’apprentissage de la conduite ! Passer son permis à 50 ans lui a procuré une indépendance inédite: "Je pouvais aller voir ma sœur au Locle, je conduisais une belle voiture rouge."

 

Découvrir le portrait complet de Madame Susanne Gerber (-Tschanz)